(Article publié à l’occasion de la consultation publique sur le nouveau Plan Local d’Urbanisme)

La préparation du nouveau Plan Local d’Urbanisme (PLU) de Paros a commencé en 2024. Il remplacera le Plan d’Urbanisme Général en vigueur depuis 2012 et déterminera en grande partie l’avenir de l’île pour les trente prochaines années, peut-être davantage. La consultation publique en ligne sur ce nouveau Plan Local d’Urbanisme devrait s’ouvrir dans les mois à venir, et tout citoyen ou organisme pourra y faire entendre sa voix.
L’élaboration du Plan a été confiée par le Ministère au cabinet d’études « Samaras S.A. », accompagnée d’orientations reflétant la manière dont le Ministère souhaite voir évoluer l’aménagement de notre île. Or, l’un des principes les plus fondamentaux de l’aménagement du territoire est la participation de la communauté locale aux décisions qui précèdent la conception finale — un principe que l’État ne semble respecter que pour la forme [1], mais que le Mouvement Citoyen de Paros considère comme essentiel.
Au sein du Mouvement Citoyen de Paros, nous avons pris très au sérieux les discussions (conférences, ateliers, présentations) organisées ces deux dernières années par d’importantes associations de l’île, qui nous ont mis en contact avec des spécialistes ayant exposé leurs vues sur un véritable aménagement durable de l’avenir de l’île. En combinant leurs connaissances spécialisées avec notre propre expérience de résidents et de citoyens de Paros, nous avons formulé des propositions et des positions sur l’urbanisme de Paros qui s’opposent frontalement à la politique gouvernementale dominante de « mise en valeur » de nos îles. Nous les avons publiées et transmises au cabinet d’études ainsi qu’aux acteurs politiques concernés — le Ministère, les députés des Cyclades, et d’autres.
L’un des points centraux de notre intervention porte, bien entendu, sur notre opposition à toute nouvelle croissance des arrivées touristiques à Paros. À l’inverse complet du cabinet d’études, nous proposons et exigeons l’interdiction totale de tout nouveau lit touristique sur l’île.
Lors de la présentation de la première phase du plan, faite par « Samaras S.A. » devant le Conseil municipal de Paros, le consultant a suggéré oralement d’autoriser à Paros des hôtels d’une capacité allant jusqu’à 100 lits, renversant ainsi la limite actuelle de 80 lits fixée par le Plan d’Urbanisme Général de 2012. Nous estimons l’exact contraire impératif : pas un nouveau lit.
Le nombre total actuel de lits à Paros est largement suffisant pour accueillir un grand nombre — déjà à peine tolérable — de visiteurs. Toute offre supplémentaire de lits touristiques alourdira, plutôt qu’elle ne servira, l’environnement naturel, les infrastructures de l’île, et même l’avenir du tourisme à Paros. Compte tenu de la pénétration massive des grands groupes hôteliers sur le marché touristique de Paros observée depuis une décennie, nous considérons inévitable que la construction et l’exploitation de nouveaux hôtels enclenchent des dynamiques qui élimineront progressivement les petits et moyens entrepreneurs ainsi que les petites entreprises familiales qui vivent aujourd’hui du tourisme. Il en va de même pour les lits supplémentaires mis sur le marché de la location de courte durée, déjà beaucoup trop nombreux.
À l’heure actuelle, on compte à Paros environ 140 unités hôtelières, petites et grandes, et plusieurs autres se préparent à ouvrir prochainement. S’y ajoutent de nombreux ensembles de chambres en location, et au cours de la dernière décennie, des centaines de logements ont été mis sur le marché de la location de courte durée. En additionnant le tout, Paros peut accueillir de l’ordre de 40 000 à 50 000 personnes chaque nuit.
Comme ceux d’entre nous qui vivent sur l’île ne le savent que trop bien, le nombre de visiteurs est déjà à la limite du supportable. Les énormes difficultés de gestion des déchets, les embouteillages estivaux, le manque de places de stationnement, les pressions considérables sur l’approvisionnement en eau, les fortes pressions sur le secteur primaire — pourtant nécessaire et précieux — crient tous que la capacité de charge a été dépassée. Toute infrastructure supplémentaire destinée à accueillir davantage de visiteurs — usines de dessalement, routes, ports, aéroport — fera peser une charge encore plus lourde non seulement sur un environnement naturel déjà menacé, mais aussi sur le quotidien des résidents permanents comme des visiteurs.
Et pour quel bénéfice, exactement, pour la communauté locale et pour l’avenir de notre île ?
- Il est clair et évident que les profits des grandes entreprises touristiques de luxe alimentent massivement les résultats financiers des sociétés qui les exploitent, et qu’une part infime seulement se diffuse au niveau de l’économie locale.
- Dans le même temps, les emplois créés — qu’il s’agisse de la phase de construction ou du fonctionnement et de la dotation en personnel des unités touristiques — dépassent déjà l’offre de main-d’œuvre locale. La croissance des emplois dans le tourisme est déjà couverte par du personnel acheminé sur l’île à cette fin, ce qui accroît encore la demande saisonnière de logement — un bien maigre bénéfice pour une île qui peine déjà à loger les fonctionnaires dont elle a besoin, comme les enseignants et les médecins.
- Dans la location de véhicules à elle seule, les voitures de location circulant et stationnées sur l’île approchent les 10 000, tandis que de grandes entreprises — qui n’appartiennent pas à des entrepreneurs locaux — sont déjà très actives (et profitables en conséquence), créant des conditions de concurrence contre l’entrepreneuriat local qui rendent très improbable la survie des petits opérateurs du secteur, sans compter l’énorme charge que cela représente pour l’île, tant sur le plan de la circulation que sur le plan esthétique.

Par conséquent, même en termes strictement économiques, une nouvelle croissance des arrivées touristiques n’est non seulement pas nécessaire, mais risque de se révéler désastreuse — y compris pour ceux des résidents légaux qui en ont jusqu’ici tiré profit, comme entrepreneurs ou comme salariés.
Jusqu’à il y a quelques décennies, la croissance du tourisme a effectivement été une bénédiction pour notre île, permettant à son économie agricole pauvre de respirer. Aujourd’hui, en revanche, sa poursuite n’a plus rien de positif à apporter. Au contraire, elle menace de détruire ce qui existe déjà — y compris sur le plan économique. Une touristification accrue, compte tenu des dynamiques bien connues du marché libre, imposera de rudes pressions concurrentielles aux petites et moyennes entreprises qui prospèrent actuellement sur l’île. Le scénario est déjà bien connu, à travers de nombreux autres cas du marché touristique mondial. La surexploitation touristique d’un lieu finit toujours en spirale destructrice — non seulement pour l’environnement, mais aussi pour l’économie, avec des conséquences dramatiques qui pèsent surtout sur les moins privilégiés.
Paros, comme toutes les îles des Cyclades, a toujours été un lieu particulier et fragile, qui imposait la petite échelle à tous les niveaux. Les grandes échelles sont catastrophiques pour nos îles. Et le nouveau Plan Local d’Urbanisme de Paros est peut-être notre dernière chance de sauver l’île d’une surexploitation prédatrice. Ne la laissons pas filer.
Avril 2026 – Tonia Pantelaiou est une membre active du Mouvement Citoyen de Paros
[1] Une présentation plus détaillée des lacunes procédurales concernant l’élaboration des plans d’urbanisme locaux figure dans le document Les plans d’urbanisme locaux dans les Cyclades, publié par le Réseau pour des Cyclades durables en janvier 2026

Leave a Reply