
Une île sous tension hydrique
Paros est une île méditerranéenne semi-aride dont les ressources en eau douce sont structurellement limitées. Ses nappes phréatiques se trouvent parfois à moins de 40 centimètres au-dessus du niveau de la mer, et la population estivale multiplie plusieurs fois la demande en eau sur une infrastructure déjà fragilisée. La régie municipale de l’eau (ΔΕΥΑΠ) produit entre 2,5 et 2,6 millions de m³ d’eau potable par an, en recourant de plus en plus au dessalement — une technologie énergivore et polluante.
Ce document fait suite à un rapport de FoPA de décembre 2025 sur la gestion de l’offre en eau. Il s’attaque cette fois à une source de demande évitable et mal régulée : la piscine privée.
I) Le problème juridique : des « piscines fantômes »
“Le plan d’urbanisme général (ΓΠΣ) de Paros de 2012 interdit de manière explicite les piscines dans les zones hors plan pour les habitations. Pourtant, un contournement administratif systématique est documenté : des centaines de piscines sont déclarées sous de fausses appellations — « éléments d’eau décoratifs » ou « réservoirs agricoles » — pour échapper aux permis de construire et aux calculs d’emprise au sol.
Un audit indépendant par images satellites mené par DigitalParos a identifié plus de 1 480 piscines sur Paros et 287 sur Antiparos, en 2024 , bien au-delà des chiffres officiels. Dans certaines zones, pour chaque piscine déclarée, jusqu’à trois piscines « fantômes » existent en réalité.
II) L’impact environnemental : eau, chimie, bruit
- Sur l’eau : une piscine privée typique de 40 m² consomme entre 17 500 et 26 700 litres d’eau par saison estivale (90 jours), soit environ 22 000 litres en estimation médiane. Cette eau est prélevée entièrement en été, au moment du stress hydrique maximal, à des fins purement récréatives. À l’échelle de l’île, les 500 à 1 500 piscines estimées représentent une consommation saisonnière totale de 11 000 à 33 000 m³ — l’équivalent de la consommation annuelle de 200 à 660 ménages.
- Sur la qualité des sols et de la mer : les produits chimiques utilisés pour l’entretien des piscines (chlore, algicides, correcteurs de pH) s’infiltrent dans le sol lors des vidanges et rinçages, atteignent les nappes phréatiques et, en zones côtières, la mer. Sur une île dont l’économie repose sur la qualité de son environnement marin, cet impact cumulatif est loin d’être négligeable.
- Sur les riverains : les pompes et systèmes de filtration fonctionnent 8 à 12 heures par jour, générant un bruit basse fréquence continu. Dans les villages traditionnels denses de Paros, cette nuisance sonore affecte durablement la qualité de vie des voisins — une dimension rarement évoquée dans le débat public.
- Sur les hôtels : la multiplication des piscines individuelles par chambre ou suite représente un degré supplémentaire d’irresponsabilité environnementale. Un hôtel de 20 piscines individuelles génère un impact hydraulique équivalent à celui d’un quartier résidentiel entier, pour une expérience client qu’une seule piscine commune bien conçue pourrait tout aussi bien offrir.
III) La solution technique : l’eau de pluie suffit
FoPA souligne qu’une villa typique à Paros (toiture de 150 m²) peut récupérer jusqu’à 42 000 litres d’eau de pluie par an, grâce à un système de collecte standard coûtant entre 2 000 et 5 000 €. Ce volume dépasse les 22 000 litres nécessaires au fonctionnement annuel d’une piscine, avec un excédent utilisable pour l’irrigation. Il n’existe donc aucune justification technique pour qu’une piscine puise dans l’eau potable du réseau. Le recyclage des eaux grises (douches, lavabos) peut compléter ce dispositif pour l’irrigation des jardins.
IV) Le cadre réglementaire proposé
FoPA propose un ensemble de mesures concrètes, articulées en plusieurs niveaux :
a) Pour les nouvelles piscines :
- Surface maximale de 1/10 du terrain, plafonnée à 50 m² pour les propriétés résidentielles
- Interdiction des piscines individuelles en hôtellerie
- Consentement écrit des voisins dans un rayon de 25 mètres
- Rapport d’ingénieur certifié obligatoire sur la gestion de l’eau
- Interdiction sur les terrains forestiers ou anciennement brûlés
b) Pour les piscines existantes non déclarées, un parcours de régularisation en cinq étapes est proposé : amende unique calculée sur la valeur fiscale, redevance annuelle de maintien (50 % de l’amende initiale tant que la régularisation n’est pas effectuée), régularisation qui éteint la redevance, contribution environnementale permanente (réduite jusqu’à 75 % en cas d’équipements de gestion de l’eau), et — pour les propriétaires récalcitrants au bout de trois ans — un ordre de démolition.
c) Une contribution environnementale annuelle s’applique à toutes les piscines, avec des réductions progressives selon le niveau d’équipement en gestion de l’eau (collecte des eaux de pluie, recyclage des eaux grises, traitement sans produits chimiques).
V) L’application : la ΔΕΥΑΠ comme bras armé
FoPA propose de confier l’application de ce cadre à la régie municipale de l’eau (ΔΕΥΑΠ), qui dispose déjà de données de consommation en temps réel pour chaque client. Une consommation anormalement élevée en été constitue un signal statistique direct d’une piscine non gérée, détectable sans inspection physique. La ΔΕΥΑΠ est en outre directement intéressée à réduire la demande discrétionnaire, chaque litre économisé allégeant la pression sur un système de dessalement déjà saturé.
Une certification périodique des systèmes de gestion de l’eau est également proposée pour tous les clients de la ΔΕΥΑΠ — tous les deux ans pour les propriétés avec piscine, tous les cinq ans pour les résidences ordinaires, chaque année pour les hôtels.
En résumé
FoPA ne réclame pas l’interdiction des piscines, mais une responsabilisation claire et structurée de leurs propriétaires. La collecte des eaux de pluie, le recyclage des eaux grises, des limites de taille raisonnables et une contribution environnementale permanente constituent selon l’association les bases d’une coexistence viable entre le tourisme de luxe et la résilience écologique de l’île. Le message est direct : une piscine à Paros en 2026 devrait être le symbole d’une façon de vivre ici de manière responsable, et non d’une capacité à consommer sans limite.

Bravo à vous d’agir.
Nous sommes des clients réguliers de Paros et il est vrai que, malheureusement, de nouvelles constructions fleurissent partout, partout, même aux endroits non-idylliques, comme au bord d’une route, à côté d’une station-essence, à côté d’un supermarché.
Nous avons l’impression que chaque propriétaire veut gagner de l’argent, en construisant pour le toute et en proposant un logement (peut-être beau de l’intérieur, mais pas au bon endroit).
Ces propriétaires ne pensent plus à l’authenticité de l’île et à ce qui nous a attiré, mais décident de proposer encore plus de logements, même si l’île perd son âme.
Il faut dire STOP à un moment et ce moment, c’est maintenant.
Nous vous soutenons, bonne continuation.